Aider les enfants aux besoins spécifiques avec la Méthode Feldenkrais

Article publié le 22 Juin 2017

« A l’occasion d’une conférence organisée à l’initiative d’une personne, Mélody R. et des associations de parents Hémiparésie et Envoludia, j’ai eu la chance – avec un grand nombre de collègues-, le 20 juin 2017, d’entendre Anat Baniel, à Paris. L’efficacité de la Méthode Feldenkrais qu’elle applique surtout dans l’accompagnement d’enfants présentant des besoins spécifiques était au centre de son propos et a permis de rappeler à quel point chaque individu était doté de capacité d’apprentissage et de récupération pourvu qu’on s’y prenne avec lui selon certains fondamentaux et avec intelligence, c’est-à-dire aussi dans une interaction unique avec chacun de ceux qu’on nous propose d’accompagner.

En écoutant Anat Baniel, j’ai retrouvé, admirablement évoqué et illustré, ce que j’ai appris lors de mon parcours en Feldenkrais*.
Une importante différence me semble cependant à souligner entre M. Feldenkrais – son invention, la transmission de sa Méthode, ses champs d’application possibles avec la stimulation de la neuroplasticité et la réorganisation fonctionnellement envisagée par lui- et le propos d’Anat Baniel : c’est le statut de l’enthousiasme.

Anat Baniel a incontestablement ajouté cet ingrédient aux « fondamentaux » de la Méthode qu’elle nomme les « essentiels » (et où figurent des conditions, des modalités et des principes), car, à visionner et étudier Moshé Feldenkrais dans les enregistrements d’archives, à le lire et à le voir aussi, il était plutôt mû par une « ardente patience » qui pouvait prendre la forme d’un agacement ou d’une irritation mais à la mesure peut-être parfois du potentiel qu’il reconnaissait à la personne ou aux personnes qui faisaient l’objet de son courroux. Mais le plus souvent il donnait à celui avec lequel il interagissait une formidable confiance, avec beaucoup de tendresse et d’humour. Et, comme un chercheur, il était passionné.

Sans ignorer cette différence sur l’enthousiasme – moteur qu’à ma connaissance Feldenkrais n’a jamais thématisé-, nous devons remercier Anat Baniel de réussir à faire reconnaître l’efficacité, la portée, et la révolution dans l’approche des pédagogies visant à l’habilitation et à l’amélioration dans les champs du développement, de l’action, de l’interaction d’une personne quelle que soit son actualité ; la Méthode ayant pour thèse les formidables ressources neuroplastiques dont chaque individu est porteur. Anat Baniel fait ainsi la lumière sur les nombreux praticiens en France capables d’accompagner pourvu qu’ils soient suffisamment chercheurs, les nombreux parents désireux de tenter l’aventure Feldenkrais pour leur enfant ou pour eux-mêmes.

La Méthode Feldenkrais se déploie telle une recherche fondamentale avec l’humain -et l’unicité de chacun de ses représentants- pour champ d’application, d’étude et de questionnement.

Le projet de l’enseignement ou de l’accompagnement par la Méthode Feldenkrais est de favoriser, de stimuler, de restaurer, avec pour outils le mouvement (entre autre), les capacités d’apprentissage sur un mode ludique, à tout âge (des plus petits aux plus anciens) et quelle que soit l’actualité des intéressés. Nous pouvons avoir ainsi affaire à des personnes aux besoins très divers : ceux déjà évoqués mais aussi des personnes en arrêt de travail pour cause d’accident ou de « burn out », des enfants diagnostiqués TDHA et leurs parents, des centres de recherche, pour étudier notamment les moyens de remédiation de différents dysfonctionnements humains. La MF, activité d’enseignement et de recherche originale est du coup plus proche d’une pédagogie ou d’une formation, d’un accompagnement pour une révision et l’approfondissement des connaissances fondamentales, pour une réinscription et une réorganisation des capacités, que d’une pratique corporelle ou psycho-corporelle. Et même pratiquée au titre d’activité corporelle régulière, de nombreuses personnes y trouvent un immense bénéfice dans leur quotidien.

Les praticiens sont en tout cas en principe capables d’aider à réorganiser les capacités, les fonctions et les aptitudes de toute personne désirant apprendre ou améliorer quelque chose de sa façon actuelle d’être, d’agir, de réagir et de développer de nouvelles options.

La « Neuromotricité » pourrait être un nom pour désigner le Feldenkrais dans ses principes et modes d’approches et même dans la façon d’aborder les difficultés et les résistances. On pourrait proposer encore d’autres noms pour désigner cette discipline pratique : « Neuro habilis » ou « neuro-réhabilis », mais aucun ne permet de recouvrir l’ensemble des aspects du fonctionnement humain dont peut s’occuper la Méthode Feldenkrais.
Dans tous les cas, l’objet est de recréer un contexte favorable à l’émergence d’une découverte ou à la congruence d’une façon de faire. Pour cela, on attend du praticien qu’il fasse preuve de connaissances développées et acquises par l’expérience et l’étude aussi, d’aptitudes sensorielles très précises et d’intégration kinesthésique mais aussi d’une capacité à s’informer et à apprendre, une grande inventivité autrement appelée flexibilité, ou d’ingéniosité en suivant rigoureusement une démarche hypothético-déductive.

* Mon cursus Feldenkrais: en premier lieu, j’ai rencontré Myriam Pfeffer – qui fût parmi les 13 premières personnes formées directement par M.Feldenkrais- lorsque j’avais 20 ans pour une entorse à la cheville, et j’ai continué de pratiquer le Feldenkrais pendant près d’une vingtaine d’années (avec plusieurs praticiens) jusqu’à finalement m’engager en 2009  dans le formation professionnelle de praticien: pendant mes 4 années de formation j’ai pu apprendre certes avec Myriam Pfeffer mais aussi Jerry Karzen, Paul Newton, Richard Corbeil, Mara della Pergolla, Sabine Pfeffer, François Combeau, Ted Presland, Anne Candardjic, Angel Di Benedetto et de tous mes camarades de promotion puis ensuite aussi auprès de Larry Goldfarb, Fransesca White, mais d’autres avant entendus au début des années 1990 comme Yvan Joly, GabyYaron, Ruthy Alon et également de nombreux assistants, mentors et praticiens. »

©Stéphanie Ménasé, 2017
Paris, le 22 juin 2017