{"id":683,"date":"2016-04-08T07:18:43","date_gmt":"2016-04-08T07:18:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.stephaniemenase.com\/?page_id=683"},"modified":"2019-04-14T10:42:22","modified_gmt":"2019-04-14T10:42:22","slug":"lectures","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.stephaniemenase.com\/?page_id=683","title":{"rendered":"lectures"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li>Charles<strong> Baladier<\/strong> : 1<\/li>\n<li>Wilhelm<strong> Gengenbach<\/strong> : 6<\/li>\n<li>Perrine<strong> Le Querrec <\/strong>: 4<\/li>\n<li>Jacqueline\u00a0<strong>Rousseau-Dujardin <\/strong>: 5 et 7<\/li>\n<li>Anne-Constance<strong> Vigier <\/strong>: 3<\/li>\n<li>Pierre<strong> Zaoui <\/strong>: 2<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: center;\">****<\/p>\n<p>\u00a07\/\u00a0<strong><em>Sur le tard<\/em>, Jacqueline Rousseau-Dujardin, Paris, Odile Jacob, 2015, 195 p.<\/strong><\/p>\n<p>Ce livre de pens\u00e9es sous forme \u00ab\u00a0de petites histoires\u00a0\u00bb sur les changements d&rsquo;\u00e9tats est port\u00e9 par un style fluide, une fine observation, des savoirs approfondis et beaucoup d&rsquo;humour.<br \/>\nPar une \u00e9criture nuanc\u00e9e et claire, \u00e9voquant des \u00e9motions, exposant des sentiments et des pens\u00e9es, l&rsquo;auteur cherche \u00e0 atteindre \u00ab\u00a0l&rsquo;autre en commun avec moi\u00a0\u00bb avec pour horizon le cours du temps et ses signes.<br \/>\nL&rsquo;analyse de chaque situation a des traits sp\u00e9cifiques communs\u00a0: bienveillance, curiosit\u00e9, intelligence perp\u00e9tuellement en \u00e9veil, libert\u00e9 de pens\u00e9e et une extraordinaire exp\u00e9rimentation de la joie.<br \/>\nLes souvenirs expos\u00e9s dans une grande pudeur donnent la sensation d&rsquo;une r\u00e9flexion pourtant comme mise \u00e0 nue. Avec humour, et un grande art de l&rsquo;expression de ses pens\u00e9es, d&rsquo;affects, nou\u00e9s et d\u00e9nou\u00e9s, complexes ou simples, l&rsquo;auteur touche quelque chose comme le sens de ce que vivre peut dire, vivre aussi pleinement que cela est possible.<br \/>\nAinsi, Jacqueline Rousseau-Dujardin \u00e9voque les questions qu&rsquo;un mortel qui aime cependant la vie peut \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 se poser, interrogation \u00e0 port\u00e9e universelle. La narratrice s&rsquo;est fractur\u00e9e un os et elle \u00e9voque son impatience \u00e0 \u00eatre anesth\u00e9si\u00e9e tant elle souffre: \u00ab\u00a0Serais-je si impatiente si c&rsquo;\u00e9tait la mort que j&rsquo;attendais pour me soulager?\u00a0\u00bb<br \/>\nLa lecture de ce livre donne l&rsquo;impression d&rsquo;une vie consistante parce qu&rsquo;aussi engag\u00e9e.<br \/>\nLes sentiments, les emportements, les tristesses, les d\u00e9chirements, les conceptions h\u00e9rit\u00e9es ou d\u00e9fendues, la sensibilit\u00e9, la tenue, la persistance de sentiments ou de pens\u00e9es \u00e0 travers les ann\u00e9es ou leur affaiblissements, leurs caract\u00e8res complexes et parfois contradictoires, les joies, le recul critique, la sexualit\u00e9, les inqui\u00e9tudes, les engouements ou les situations de diff\u00e9rents moments de la vie, que l&rsquo;auteur \u00e9voque des dysfonctionnements du syst\u00e8me m\u00e9dical, qu&rsquo;elle se penche sur le statut des femmes ou sur l&rsquo;abrutissement par la publicit\u00e9, qu&rsquo;elle partage son exp\u00e9rience de grande musicienne, tous ces \u00e9crits rassembl\u00e9s forment \u00e0 mes yeux un magnifique ouvrage d&rsquo;<em>Essais*<\/em> dans sa forme litt\u00e9raire et philosophique, qui expose aussi un regard sacr\u00e9ment moderne sur le monde, sur le temps, sur le pr\u00e9sent.<br \/>\nEn lisant cet ouvrage de Jacqueline Rousseau-Dujardin, une pens\u00e9e qui m&rsquo;est ch\u00e8re et qui traduit assez bien ma fa\u00e7on \u00e0 moi d&rsquo;\u00eatre m&rsquo;est revenue\u00a0: vivre chaque instant, se rapporter \u00e0 tout \u00eatre cher ou \u00e0 tout ce qui nous est doux (comme le parfum des arbres en fleurs au printemps), comme si \u00e0 l&rsquo;instant suivant on pouvait en \u00eatre priv\u00e9 \u00e0 tout jamais, savourer au plus haut point, avec le plus de finesse et de pr\u00e9sence ce qui parmi nos exp\u00e9riences est cher \u00e0 notre c\u0153ur, \u00e0 nos sens, pr\u00e9cieux pour notre intelligence.<br \/>\n* Je pense aux<em> Essais<\/em> de Montaigne, mais aussi aux <em>Pens\u00e9es<\/em> de Pascal ou aux <em>Caract\u00e8res<\/em> de La Bruy\u00e8re.<br \/>\n(publi\u00e9 le\u00a05 juillet 2015)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>6\/<strong> Wilhelm Gengenbach,<em> Face au fascisme allemand (1929-1933). Une vie contre le capitalisme 1re partie<\/em>, trad. de l&rsquo;allemand par Jacqueline Bois, La Bussi\u00e8re, Acratie, 2006, 537 p.<\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00e9cit de cet allemand, Wilhelm Gengenbach,alors qu&rsquo;encore jeune en 1929 (n\u00e9 en 1914), retrace pas \u00e0 pas\u00a0de quelle fa\u00e7on le fascisme\u00a0a pu\u00a0se d\u00e9velopper\u00a0et le nazisme prendre le pouvoir en Allemagne en 1933 mais aussi et\u00a0comment l&rsquo;acuit\u00e9 d&rsquo;un trop petit nombre d&rsquo;individus \u00e9clair\u00e9s n&rsquo;a pas pu lui faire obstacle.<br \/>\nEntre autre, son t\u00e9moignage du camp de concentration de B\u00f6rgermoor, o\u00f9 un grand nombre de communistes se retrouvent, d\u00e8s 1933, enferm\u00e9s, est d&rsquo;un tr\u00e8s grand int\u00e9r\u00eat.<br \/>\nL&rsquo;engagement de W. Gengenbach reste celui d&rsquo;une personne qui\u00a0soutient le marxisme comme id\u00e9al mais refuse toute forme bureaucratique ou toute adh\u00e9sion aveugle \u00e0 une ligne impos\u00e9e hi\u00e9rarchiquement.<br \/>\nCe texte profond, clair, beau (sublime, devrais-je dire) et\u00a0sa puissance tiennent bien entendu \u00e0 ce qui y est relat\u00e9 mais aussi \u00e0 la fa\u00e7on de le rapporter, comme le dit le narrateur avec une \u00ab\u00a0objectivit\u00e9\u00a0\u00bb, soutenu par une r\u00e9flexion d&rsquo;une honn\u00eatet\u00e9 rare.<br \/>\nCet amour de l&rsquo;homme que porte ce livre, un amour de l&rsquo;humain pouss\u00e9 \u00e0 un degr\u00e9 tel que cet esprit reste en \u00e9veil permanent, traquant les violences et les injustices faites \u00e0 l&rsquo;homme et aussi souvent \u00e0 son intelligence. Cet ouvrage est un bienfait dans le contexte actuel o\u00f9 je sens dans l&rsquo;ambiance (du monde) un rejet (plus ou moins conscient parmi un nombre grandissant d&rsquo;individus) de ce combat n\u00e9cessairement ininterrompu pour la d\u00e9fense de la libert\u00e9, de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et de la fraternit\u00e9.<br \/>\nUn deuxi\u00e8me volume aussi remarquable porte sur les ann\u00e9es 1933-1934, o\u00f9 Wilhelm Gengenbach est contraint de quitter l&rsquo;Allemagne et arrive\u00a0\u00e0 Paris o\u00f9 d&rsquo;autres d\u00e9convenues et une autre forme de combat s&rsquo;imposent \u00e0 lui: \u00a0notamment celui d&rsquo;informer du danger\u00a0fasciste quand\u00a0la politique nazi\u00a0est\u00a0montr\u00e9e\u00a0tr\u00e8s pacifi\u00e9e dans les m\u00e9dia de l&rsquo;\u00e9poque &#8211;\u00a0m\u00eame l<em>&lsquo;Humanit\u00e9<\/em> ne semble pas en relayer le caract\u00e8re tentaculaire et de la violence sans limite. En outre,\u00a0en 1934, peu nombreux parmi les dirigeants occidentaux envisagent le fascisme comme un p\u00e9ril\u00a0les concernant. Wilhelm aussi se voit en exil oblig\u00e9 de combattre certaines injustices qu&rsquo;il rencontre m\u00eame au sein de l&rsquo;appareil.\u00a0 En\u00a0Allemagne d\u00e9j\u00e0, en tant que membre du PC, il contestait certaines\u00a0lignes du parti; en France,\u00a0il continue \u00e0 \u00eatre vigilant et \u00e0 s&rsquo;opposer au verrouillage de la ligne du Parti par les membres dits \u00ab\u00a0dirigeants\u00a0\u00bb.<br \/>\nWilhelm est proche\u00a0d&rsquo;une pr\u00e9occupation pr\u00e9sente dans l&rsquo;\u0153uvre\u00a0de Claude Lefort\u00a0 qui est de ne pas participer \u00e0 une organisation bureaucratique. Le <em>dissensus<\/em> est n\u00e9cessaire et m\u00eame crit\u00e8re de sant\u00e9 au sein de la d\u00e9mocratie.<br \/>\nLe Paris que d\u00e9crit Wilhelm est celui des ouvriers engag\u00e9s ou des clandestins, des exil\u00e9s pour causes politiques ou \u00e9thiques,la vie du peuple avant les cong\u00e9s pay\u00e9s, la vie des personnes du peuple appliquant la solidarit\u00e9 comme le partage du peu qu&rsquo;on a, mettant le d\u00e9bat et la discussion des id\u00e9es et des opinions au c\u0153ur des rencontres.\u00a0D\u00e9cid\u00e9ment, ces livres font un bien immense.<br \/>\n(Publi\u00e9le 26 mai 2015)<\/p>\n<p>5\/<strong> Jacqueline Rousseau-Dujardin,\u00a0 <em>Aimer, mais comment<\/em>\u00a0<em>?<\/em>, Paris, Odile\u00a0 Jacob, 2014, 172 p.<\/strong><\/p>\n<p>Jacqueline Rousseau-Dujardin recourt dans son livre, <em>Aimer, mais comment<\/em>\u00a0<em>?,<\/em> \u00e0 des auteurs et \u00e0 leurs personnages pour analyser leurs fa\u00e7ons d&rsquo;aimer et d&rsquo;en parler ou de vivre selon ou avec ces fa\u00e7ons (parfois d\u2019ailleurs en ne vivant pas l\u2019amour \u00e9prouv\u00e9), et, en m\u00eame temps, elle met en sc\u00e8ne ce qui peut se jouer \u00ab\u00a0en analyse\u00a0\u00bb dans l&rsquo;\u00e9change entre un patient et son psychanalyste.<br \/>\nPar son \u00e9criture cisel\u00e9e, pr\u00e9cise, dynamique, l\u2019auteur donne de tr\u00e8s belles lectures de la profondeur et de la singularit\u00e9 de chaque \u00ab\u00a0probl\u00e9matique\u00a0\u00bb et, par l\u00e0, aussi dessine les possibilit\u00e9s ou les impossibilit\u00e9s de leur d\u00e9nouement. La singularit\u00e9 dans ce cadre n\u2019est pas banale puisqu&rsquo;elle touche dans chaque cas \u00e0 l&rsquo;\u00eatre de ce qu&rsquo;est aimer.<br \/>\nJ&rsquo;aime aussi la pudeur de la d\u00e9marche de cette psychanalyste :\u00a0 choisir ces auteurs\u00a0 &#8211; Marcel Proust, Henri James, Germaine de Sta\u00ebl et Benjamin Constant,\u00a0 Madame Guyon et F\u00e9nelon, Balzac et Madame Hanska, Virginia Woolf, leurs \u00e9crits et les fictions qu\u2019ils \u00e9laborent-, plut\u00f4t que des cas d&rsquo;analysants, comme autant de cas donnant acc\u00e8s \u00e0 des compr\u00e9hensions si diverses de l&rsquo;amour comme qu\u00eate, comme actualisation, comme interrogation, comme difficult\u00e9, comme expression de vie.<br \/>\nEn outre, ce texte, si admirable par ses nuances et sa d\u00e9licatesse, articule de mani\u00e8re libre mais pourtant n\u00e9cessaire le statut d&rsquo;analysant et celui d&rsquo;\u00e9crivant. Et c&rsquo;est dans cette proximit\u00e9 que, peut-\u00eatre, s&rsquo;imposent certains textes de certains auteurs\u00a0 pour cette enqu\u00eate men\u00e9e \u00e0 partir des marques de l&rsquo;\u00e9crivain dans son \u00e9criture. Pourtant, jamais l&rsquo;auteur ne nous fait tomber dans un psychologisme h\u00e2tif et r\u00e9ducteur.<br \/>\nChacun ou chacune des vies de ces auteurs ou personnages m&rsquo;ont touch\u00e9es . La composition du livre aussi est remarquable\u00a0; rien ne m&rsquo;a sembl\u00e9 superflus dans cette recherche et dans\u00a0 son \u00e9nonciation et peut-\u00eatre arriverez-vous comme moi \u00e0 savourer la passion qui sous-tend ou porte cette aimante r\u00e9flexion.<br \/>\nRappelez -vous le plaisir que vous avez pris \u00e0 lire le commentaire que Freud avait produit de <em>La Gradiva <\/em>de Jensen\u00a0; Jacqueline Rousseau-Dujardin aussi nous emporte dans sa lecture, et nous donne envie de lire ou de les relire les textes qu&rsquo;elle invoque.<br \/>\n(Publi\u00e9 le 24 avril 2014)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>4\/<strong> Perrine Le Querrec, <em>Oui-Merci,\u00a0<\/em>Ed. Jean-Michel Bordessoules, 2008<\/strong><\/p>\n<p>\u00c9poustouflant, l&rsquo;ouvrage de Perrine Le Querrec\u00a0\u00a0: po\u00e9tique, sensible, explosif, d&rsquo;une sensualit\u00e9 sans artifices, des mots d\u00e9gag\u00e9s de tout faux-semblant.<br \/>\nJe le recommande aux \u00eatres qui ne jugent pas la tendresse comme une faiblesse, mais qui peuvent l&rsquo;appr\u00e9cier comme une attitude assum\u00e9e et cultiv\u00e9e de fa\u00e7on intentionnelle, \u00e0 ceux m\u00eame qui la re\u00e7oivent comme une offrande\u00a0; \u00e0 ceux pour qui l&rsquo;impudeur des sentiments peut ne s&rsquo;exprimer que dans l&rsquo;intimit\u00e9\u00a0; \u00e0 ceux aussi qui sont heurt\u00e9s par la cruaut\u00e9 qui se manifeste dans la n\u00e9gligence, le m\u00e9pris, l&rsquo;ignorance, la m\u00e9chancet\u00e9\u00a0; \u00e0 ceux qui dou\u00e9s d&rsquo;intelligence ou de d\u00e9licatesse (sans mani\u00e9risme)\u00a0se rapportent \u00e0 tout autre jamais simplement comme s&rsquo;il \u00e9tait un moyen mais\u00a0\u00e9galement comme une fin*.<br \/>\nEt oui, ce texte bouleversant &#8211; compos\u00e9 de nouvelles &#8211;\u00a0m&rsquo;a donn\u00e9 furieusement envie de me replonger dans la lecture de Kant, <em>Les Fondements de la m\u00e9taphysique des m<\/em><em>\u0153<\/em><em>urs<\/em> ou <em>La Critique de la raison pratique<\/em>. Impr\u00e9visible l&rsquo;humain (plus ou moins d&rsquo;ailleurs)\u00a0!<br \/>\n*L&rsquo;imp\u00e9ratif pratique : <em>\u00a0\u00ab\u00a0Agis de telle sorte que tu traites l&rsquo;humanit\u00e9 aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en m\u00eame temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen\u00a0\u00bb<\/em> (<em>FMM<\/em>, trad. fr. V. Delbos, p.150).<br \/>\n(Publi\u00e9 le 30 mai 2012)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>3\/<strong> Anne-Constance Vigier<\/strong>, <em>H\u00e9ritage <\/em>(Ed. Jo\u00eblle Losfeld, 2012), 192 p.<\/p>\n<p>Avec cette ann\u00e9e qui s&rsquo;ouvre, je souhaite vous recommander ce roman d&rsquo;A.-C.\u00a0Vigier, sans cependant vous le raconter.<br \/>\nL&rsquo;histoire de l&rsquo;homme central du r\u00e9cit, un homme aim\u00e9 pourtant,\u00a0se passe\u00a0au moment o\u00f9 sa vie subitement bascule du fait d&rsquo;une \u00e9trange option. Lisez-le.<br \/>\nUne des grandes qualit\u00e9s de ce texte, outre l&rsquo;\u00e9criture, la syntaxe, la composition tr\u00e8s libres, est aussi l&rsquo;angle par lequel Anne-Constance Vigier nous communique une d\u00e9licatesse de vue. Le drame qui se joue, avec cependant quelques moments irr\u00e9sistibles de dr\u00f4lerie, me fait l&rsquo;effet de l&rsquo;apologie en filigrane de ce que peut signifier un comportement \u00ab\u00a0plein d&rsquo;\u00e9gards\u00a0\u00bb &#8211; avoir de l&rsquo;\u00e9gard n&rsquo;y \u00e9tant jamais confondu avec materner ni prendre soin, ne pr\u00e9supposant pas non plus amour ou estime\u00a0; ce serait plut\u00f4t une affaire de \u00ab\u00a0tact\u00a0\u00bb, d&rsquo;attention.<br \/>\nLe roman nous emporte sur cette arr\u00eate o\u00f9 dans la vie se rencontrent la duret\u00e9 dans les relations humaines et la sensibilit\u00e9 des \u00eatres, l&rsquo;extr\u00eame sensibilit\u00e9 pouvant \u00eatre entam\u00e9e \u00e0 sa mesure m\u00eame et\u00a0le drame\u00a0en tant qu&rsquo;expression ponctuelle d&rsquo;une crise pouvant \u00eatre per\u00e7ue comme ayant des vertus.<br \/>\n(Publi\u00e9 le 20 janvier 2012)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>2\/<strong> Pierre Zaoui, <em>La Travers\u00e9e des catastrophes,\u00a0<\/em>Seuil, 2010.<\/strong><\/p>\n<p>Je viens de terminer la lecture de cet ouvrage de\u00a0Pierre Zaoui, <em>La Travers\u00e9e des catastrophes<\/em>\u00a0: livre qui traite notamment\u00a0de l&rsquo;exp\u00e9rience de\u00a0la maladie,\u00a0du mourir, du deuil , mais aussi\u00a0de l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;amour &#8211; s\u00e9paration, abandon, perte-. et\u00a0que je trouve admirable.<br \/>\nSeulement un avant go\u00fbt de ce livre que l&rsquo;auteur pr\u00e9sente comme un \u00ab\u00a0Manuel de survie\u00a0\u00bb, o\u00f9 survie s&rsquo;entend en deux sens : \u00ab\u00a0sens commun d&rsquo;une vie aux aguets et aux taquets, sans abri et au plus pr\u00e8s des voiles, dans une lutte permanente [&#8230;]\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0sens litt\u00e9ral de &lsquo;sur-vie&rsquo; [&#8230;]\u00a0\u00bb, comme vie sans pareille, \u00ab\u00a0incomparable avec tout ce que l&rsquo;on avait v\u00e9cu jusque-l\u00e0\u00a0\u00bb (p. 347-348).<br \/>\n\u00ab\u00a0[&#8230;] Ne pouvoir r\u00e9sister qu&rsquo;en cr\u00e9ant, ne pouvoir supporter le r\u00e9el le plus atroce ou le plus plat qu&rsquo;en r\u00eavant du r\u00e9el le plus inou\u00ef [&#8230;]\u00a0\u00bb (p. 348).<br \/>\nSon but: \u00ab\u00a0apprendre \u00e0 r\u00e9dimer l&rsquo;irr\u00e9cup\u00e9rable et \u00e0 faire avec, apprendre que parfois l&rsquo;on ne peut faire avec qu&rsquo;en faisant de sa n\u00e9cessit\u00e9 une source de forces et de m\u00e9tamorphoses insoup\u00e7onn\u00e9es\u00a0\u00bb (p. 348).<br \/>\nJe vous en dirai plus dans quelques jours. En attendant, je vous recommande aussi un autre de ses textes La D\u00e9cision de soi, une \u0153uvre que j&rsquo;avais trouv\u00e9e\u00a0aussi exceptionnelle.<br \/>\n(Publi\u00e9 le 1er f\u00e9vrier 2011)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>1\/<strong> Charles Baladier, <em>Aventures et discours dans l&rsquo;amour courtois<\/em>, Paris, Hermann, 2010, 198 p.<\/strong><\/p>\n<p>Enqu\u00eate sur la naissance de l&rsquo;amour courtois et sur la notion centrale que l&rsquo;auteur d\u00e9gage de <em>delectatio morosa<\/em>, &#8211;\u00a0leur ancrage dans les textes d&rsquo;Ovide, <em>L&rsquo;Art d&rsquo;aimer <\/em>notamment, et leur importance chez les modernes Dante et P\u00e9trarque\u00a0-, cet ouvrage nous fait rencontrer l&rsquo;amour dans d&rsquo;infinies nuances. D&rsquo;abord d\u00e9finie comme la \u00ab\u00a0passion la plus haute\u00a0\u00bb, l&rsquo;amour appara\u00eet \u00e0 travers les histoires d&rsquo;amour elles-m\u00eames dans leurs aspects singuliers et exemplaires\u00a0: la rencontre, le d\u00e9sir, l&rsquo;attente, la s\u00e9paration, la malveillance, la <em>merce<\/em> utime. Ne pouvant restituer la richesse de cet ouvrage, je me bornerai \u00e0 ces quelques lignes en esp\u00e9rant susciter le d\u00e9sir de le lire.<br \/>\nNon seulement, l&rsquo;auteur nous fait partager son \u00e9rudition, mais son approche ne nous laisse pas \u00e0 la surface de son savoir. Loin de tenir un discours th\u00e9orique, son propos nous fait entrer dans l&rsquo;univers courtois et nous fait toucher l&rsquo;extr\u00eame vari\u00e9t\u00e9 des motifs d&rsquo;aimer, des formes d&rsquo;amour compos\u00e9es de joie extatique ou de vives souffrances, et nous reconduit \u00e0 une question dont peut-\u00eatre chacune pr\u00e9sente ses caract\u00e9ristiques propres, sa naissance sp\u00e9cifique (\u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;infinit\u00e9 des variations en ce qui touche aux rencontres humaines). Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;aimer\u00a0? Quelles sont les composantes ou les formes du plaisir ou du d\u00e9sir qui entrent en jeu\u00a0? Quel part l&rsquo;imaginaire tient dans l&rsquo;amour\u00a0? Et le r\u00eave en faut-il une certaine quantit\u00e9? Ces questions peuvent appara\u00eetre r\u00e9currentes de chacune de ces expressions singuli\u00e8res.<br \/>\nAnalysant la place de la notion de plaisir dans la vie psychique et dans la vie morale, se penchant sur les mouvements premiers de la sensualit\u00e9, Charles Baladier montre l&rsquo;innovation quant aux rapports entre le d\u00e9sir et le plaisir qui s&rsquo;exprime dans la <em>delectatio morosa<\/em>. La \u00ab\u00a0d\u00e9lectation morose\u00a0\u00bb qu&rsquo;on doit comprendre comme un plaisir propre au d\u00e9sir, pris par exemple dans le fantasme, comme \u00ab\u00a0le plaisir sp\u00e9cifique qu&rsquo;apporte le fait de savourer la repr\u00e9sentation imaginaire d&rsquo;un d\u00e9sir (en l&rsquo;occurence prohib\u00e9) dont l&rsquo;assouvissement est diff\u00e9r\u00e9 pendant un certain temps (<em>mora<\/em>) ou celle de la rem\u00e9moration d&rsquo;un plaisir similaire \u00e9prouv\u00e9 dans le pass\u00e9\u00a0\u00bb (p.\u00a026). La <em>delectatio morosa<\/em> revient \u00e0 une intelligence de l&rsquo;amour sans pour autant signifier que la relation amoureuse soit n\u00e9cessairement platonique ou \u00e9trang\u00e8re \u00e0 tout \u00e9rotisme.<br \/>\nCette enqu\u00eate lui permet aussi de d\u00e9cliner les multiples formes de l&rsquo;amour courtois, et les nombreuses interpr\u00e9tations de ce mouvement. Parfois, l&rsquo;amour courtois est d\u00e9fini comme une forme de l&rsquo;amour o\u00f9 c&rsquo;est le plaisir de d\u00e9sirer qui l&#8217;emporte sur son accomplissement lui-m\u00eame dans la jouissance. Parfois, il est davantage retenu comme le passage de l&rsquo;exp\u00e9rience amoureuse \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture de l&rsquo;art d&rsquo;aimer. Parfois, encore, il est con\u00e7u comme savoir sur l&rsquo;amour \u00e0 des fins rationnelles : rester ma\u00eetre de son coeur et de son corps, \u00eatre ma\u00eetre du coeur et du corps de l&rsquo;autre. Pour d&rsquo;autres, il est l&rsquo;expression d&rsquo;un id\u00e9al comme le besoin d&rsquo;\u00e9purer le d\u00e9sir, une spiritualisation de l&rsquo;ardeur amoureuse, l&rsquo;ennoblissement de l&rsquo;objet aim\u00e9, une surestimation m\u00e9taphysique de la femme.<br \/>\nPar l&rsquo;amour courtois (apparaissant au Moyen \u00c2ge), on reconna\u00eet outre une mani\u00e8re d&rsquo;aimer, mais aussi une nouvelle relation possible entre l&rsquo;homme et la femme, et ces deux param\u00e8tres conjugu\u00e9s engendrent une forme d&rsquo;amour \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la po\u00e9sie &#8211;\u00a0l&rsquo;amour en \u00e9tant le moteur.<br \/>\nCe livre est aussi de fa\u00e7on sous-jacente un hymne \u00e0 la femme telle qu&rsquo;elle appara\u00eet dans la litt\u00e9rature courtoise. L&rsquo;angle d&rsquo;exposition n&rsquo;insiste pas sur une femme p\u00e9cheresse, tentatrice, rus\u00e9e, dominatrice. Par exemple, l&rsquo;auteur inspir\u00e9 de Philon d&rsquo;Alexandrie livre une version de la chute originelle o\u00f9 la femme n&rsquo;est qu&rsquo;un des acteurs de l&rsquo;\u00e9pisode et non pas sa cause (p.\u00a0124). Dans les textes des troubabours et des trouv\u00e8res, la femme est aim\u00e9e et aimante\u00a0; la femme-troubadour en \u00e9tant la forme exemplaire en tant qu&rsquo;elle travaille \u00e0 son \u00e9manciption sentimentale et \u00e9rotique et qu&rsquo;elle imagine une relation telle qu&rsquo;elle pourrait \u00eatre aim\u00e9e \u00ab\u00a0d&rsquo;un amour dans lequel entreraient des valeurs d&rsquo;amiti\u00e9, de tendresse et d&rsquo;attachements mutuels\u00a0\u00bb (p.\u00a0154), valeurs qui ont cours entre chevaliers. Ce statut nouveau de la femme se prolonge dans la figure de la sauveuse, avec une forme paroxystique chez Dante ou P\u00e9trarque\u00a0: l&rsquo;amour \u00e9tant dans leurs \u00e9crits le d\u00e9sir d&rsquo;une femme inaccessible ou absente\u00a0; le sourire de la femme \u00e9tant interpr\u00e9t\u00e9 comme \u00ab\u00a0signe de la victoire du plaisir et de la libert\u00e9\u00a0\u00bb (p.\u00a0188)\u00a0; son expression id\u00e9ale se traduisant peut-\u00eatre par sa <em>leggiadria <\/em>(gr\u00e2ce, charme, beaut\u00e9, l\u00e9gert\u00e9, \u00e9l\u00e9gance oscillant entre le naturel et l&rsquo;artificiel).<br \/>\nA travers les chants des troubadours et des trouv\u00e8res, \u00e0 travers des histoires d&rsquo;amour aussi, Charles\u00a0Baladier nous introduit \u00e0 l&rsquo;art d&rsquo;aimer courtois en insistant sur le pouvoir du fantasme et sur la toute-puissance du d\u00e9sir amoureux.<br \/>\nJ&rsquo;ai lu cet ouvrage comme une de ces lectures pr\u00e9cieuses qui vous transforment en vous ouvrant \u00e0 des mati\u00e8res jusque-l\u00e0 inconnues, mal articul\u00e9es ou totalement nouvelles. Les meilleures ann\u00e9es, parmi les \u00ab\u00a0nouveaut\u00e9s\u00a0\u00bb, on peut esp\u00e9rer rencontrer 3 peut-\u00eatre 4 livres de cette densit\u00e9, de cette qualit\u00e9, pas tellement plus.<br \/>\nLe rapport sexuel y est consid\u00e9r\u00e9 comme procurant un intense plaisir telle qu&rsquo;aucune autre activit\u00e9 ne peut s&rsquo;y comparer. On pourrait toutefois se demander si l&rsquo;activit\u00e9 po\u00e9tique, d&rsquo;\u00e9criture et artistique et l&rsquo;exp\u00e9rience de libert\u00e9 qui les accompagne ne procure pas un plaisir plus intense encore que le plaisir sensuel.<br \/>\nQuoiqu&rsquo;il en soit ce magnifique texte nous offre l&rsquo;opportunit\u00e9 de nous r\u00e9approprier de nombreuses nuances d\u00e9clinables entre l&rsquo;amour et le d\u00e9sir, et de diversifier la nature des d\u00e9sirs eux-m\u00eames, pour r\u00e9introduire une distinction essentielle mais peut-\u00eatre trop oubli\u00e9e qui est celle entre \u00ab\u00a0d\u00e9sirer\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0avoir ou poss\u00e9der\u00a0\u00bb. Elle se caract\u00e9rise par exemple dans les deux aspects d\u00e9crits de la <em>delectatio<\/em> que sont \u00ab\u00a0l&rsquo;attraction excerc\u00e9e sur l&rsquo;\u00e2me par un objet d\u00e9sir\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0la jouissance dans laquelle la volont\u00e9 se compla\u00eet quand elle poss\u00e8de celui-ci\u00a0\u00bb.<br \/>\nEn fin de compte, l&rsquo;amour courtois ne traduirait-il pas par dessus tout une libert\u00e9 du d\u00e9sir, et sa libre expression\u00a0?<br \/>\n(Publi\u00e9 le 23 d\u00e9cembre 2010)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Charles Baladier : 1 Wilhelm Gengenbach : 6 Perrine Le Querrec : 4 Jacqueline\u00a0Rousseau-Dujardin :&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-683","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.stephaniemenase.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/683","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.stephaniemenase.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.stephaniemenase.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.stephaniemenase.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.stephaniemenase.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=683"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.stephaniemenase.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/683\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":946,"href":"https:\/\/www.stephaniemenase.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/683\/revisions\/946"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.stephaniemenase.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=683"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}